DÉCEMBRE, 2011 / GOLF MAGAZINE


GolFlower Training Center : La fine Fleur du Practice

Rejetée aux oubliettes, la répétition mécanique des coups au practice. Au GolFlower Training place au jeu grandeur nature. Inauguré sur les terres du golf de Mionnay, à 25 Km au nord-est de Lyon, cette structure d’entrainement en forme de pétales de fleur ambitionne de redéfinir la notion de practice en intégrant in situ les défis proposés d’ordinaire par le parcours. Et outre les formidables moyens techniques mis en œuvre pour réaliser ce projet de 12 Hectares, ses créateurs lui ont donné une dimension technologique et écologique. Golf Magazine a testé pour vous cet équipement que le monde entier pourrait bientôt nous envier. Le practice est mort, vive le practice.

Olivier Raynal est un homme heureux. Pour cet enseignant chevronné de Rhône-Alpes passé par des fonctions de direction à la PGA de sa ligue, le mois d’octobre 2011 restera gravé dans sa mémoire. Après deux années de travaux le GolFlower Training Center, dont il est le directeur, a vu en effet le jour lors d’une inauguration en grande pompe au cours de laquelle Raphaël Jacquelin, le représentant lyonnais du circuit européen, fit un passage remarqué. C’est donc tout sourires mais les traits encore marqués par le sprint des dernières semaines ayant précédé l’ouverture officielle de GolFlower qu’Olivier Raynal m’accueille. Pour prendre la mesure de cet « objet golfique non identifié » de l’entrainement en France, il faut prendre un peu de hauteur… Vu du ciel, le nom donné à la structure prend alors tout son sens et l’on visualise mieux les 12 Hectares comprenant des ateliers de petit jeu, un Pitch&Putt de 9 trous et surtout cet enchevêtrement de greens et de fairways qui matérialise les cinq pétales du GolFlower Training Center, un terme associant en anglais le mot golf à celui de la fleur. « Si j’avais dû rêver d’un concept de practice du future, je ne suis pas certain que je serais allé jusque-là. Alors, le voir de mes yeux est encore plus incroyable » attaque notre hôte. A quelques mètres du Club House de Mionnay, Olivier me guide vers un practice « comme il n’en existe pas deux dans le monde ». Mais avant de découvrir la structure, clubs en mains c’est d’abord la carte de crédit que l’on fait jouer dans l’une des bornes automatiques pour acquitter les 15 Euros de droit d’entrée lorsque l’on est un joueur de passage. Pour les abonnés et pour l’accès au Pitch&Putt uniquement d’autres formules sont proposées.

3365 jours par an, 24h24

A l’accueil du centre, on me remet un badge électronique qui me permet moyennant 4 Euros le seau de 35 balles, de naviguer dans GolFlower et de butiner les nombreux ateliers et les cinq pétales principaux de la structure. Pour m’échauffer je prends la direction du pétale numéro trois consacré au wedging. Devant moi, neuf greens de 15 à 135 mètres échelonnés tous les 5-10 mètres sont disposés en quinconce et à des altitudes différentes. Pendant plus d’une heure, je m’amuse à varier les cibles et les intensités. Les balles de practice de bonne compression siglées GolFlower me permettent d’étalonner mes attaques de green. Plein coup de pitching-wedge pour 110 mètres trois quart de sandwedge ouvert à 54 degrés pour 75 mètres plein coup de 58 degrés pour 60 mètres j’affine mes distances depuis alternativement la bande de gazon et les tapis. Après trois seaux engloutis, je n’ai pas vu le temps passer. A ma grande surprise, les greens en herbe synthétique réceptionnent les balles comme leurs alter egos naturels. Plus troublant encore les bunkers sont aussi réalisés dans un matériau synthétique mais impossible de faire la différence avec du sable traditionnel à 50 mètres de distance. « Nous avons créé des petites bosses pour donner une impression visuelle de relief dans les bunkers mais l’ensemble de la zone practice est globalement plat », raconte Jocelyn Crouzet, 32 ans, l’architecte du GolFlower Training Center.

« Cela rend également l’opération de ramassage des balles plus faciles ». Pour couvrir les 60 000 m² consacrés à la zone practice, huit machines ont été achetées. « Nous mettons 40 000 balles à disposition et pouvons accueillir jusqu’à 200 joueurs simultanément s’il le faut. « Il fallait bien ça pour offrir un service de qualité identique à tous les utilisateurs » précise Olivier Raynal. Une fois mes wedges réglés, je décide de passer au 5ème pétale consacré aux longs fers, au travail des effets et de l’étalonnage. Cela ne prend que quelques minutes de passer d’un pétale à l’autre. GolFlower a été conçu de forme circulaire avec un diamètre de 300 mètres et un chemin piétonnier reliant les pétales les uns aux autres. Autre ingéniosité de l’architecte, des grandes buttes végétalisées séparent chaque pétale pour préserver une intimité favorisant la concentration. « Ces talus de terre sont aussi un gage de sécurité. Nous avons déplacé 120 000 m³ de terre pour offrir au site un dénivelé de 10 mètres entre le point le plus haut et celui le plus bas » précise Jocelyn Crouzet. Au total, ce sont près de 6 millions d’euros qui ont été investis par GF Link, la société initiatrice du projet qui appartient aux propriétaires du club de Mionnay : André Zamora et Armand Méchali. Avec le badge électronique personnalisé permettant également au client régulier d’actionner la porte d’entrée du GolFlower Training Center, l’éclairage de nuit et le chauffage, ces deux visionnaires souhaitent à terme ouvrir leur centre futuriste 365 jours par an et 24 heures sur 24.

28 greens au choix

Me voici arrivé au pétale numéro cinq où je me trouve avec 13 greens face à moi. Les cinq pétales de GolFlower rassemblent 28 greens – dont la plupart peuvent être chauffés si bien qu’aucun coup tapé ne s’effectue sans objectif précis. « Plus qu’un practice, c’est un concept celui de transformer un practice en parcours. L’idée c’est de dépasser le tapis de practice pour s’entraîner et c’est valable aussi bien pour l’enseignant que pour l’élève », assure Olivier Raynal. Comme au pétale précédent je varie les coups de fer et même les effets en essayant d’atteindre par des hooks ou des slices ces quatre greens teintés de noir qui se détachent visuellement du reste de la structure. Au pétale numéro quatre, c’est l’heure de régler le driving. Le tracé d’un par 4 avec ses bunkers y est représenté et cela met en condition réelles de jeu. Après un seau de balles consacré au drive je n’ai qu’à effectuer quelques pas de côté pour m’exercer au petit jeu. En périphérie du practice, six atelier de petit jeu de 600 à 4000 m² chacun et un Pitch&Putt de 9 trous sont connectés pour poursuivre l’entraînement. Un putting-green naturel accidenté de 600 m² situé entre les pétales wedging et driving me permet de sortir le putter du sac. Mais j’aurais très bien pu choisir de m’exercer aux sorties de bunkers en sable véritable ce coup-ci, aux approches, aux coups lobés, aux chips en pente ou encore aux approche depuis les bunkers d’herbe sur l’un des nombreux autre greens à ma disposition. Un putting-green et un chipping-green en herbe synthétique assurent une qualité de travail constante, été comme hiver. A l’œil nu, il est impossible de faire la différence avec un green en gazon naturel. « Créer un green synthétique représente peut-être un surcoût au départ mais se révèle d’une jouabilité incroyable et d’une efficacité écologique sans égale : plus besoin d’eau, de machines et d’engrais pour l’entretenir » souligne Olivier Raynal. Car en marge de prouesses techniques réclamées pour la réalisation de GolFlower, le projet met la protection de la nature au cœur de ses préoccupations. Sous le practice une station de récupération des eaux permet d’arroser l’herbe du centre mais aussi celle du parcours 18 trous de Mionnay. Pour l’éclairage de nuit, c’est un système de diode électroluminescente (LED) peu gourmande en électricité qui a été choisi. « Lorsque tout le centre est allumé, cela représente la consommation journalière d’une maison de 160 m² » indique Jocelyn Crouzet.

Pôle Indoor et boxes high tech Au pétale numéro deux, je travaille tous les types de coups, du sandwedge au driver. C’est ici que GolFlower s’approche au plus près d’un practice classique mais qu’il s’en différencie aussi pour tirer pleinement parti des installations. Je décide d’imaginer un trou : après un drive correct il me reste 140 mètres pour toucher un green. Plutôt que d’enchaîner les drives, je choisis un fer 6 pour toucher un green placé à cette distance, comme si j’étais sur le parcours. Manqué ! Je joue alors un autre drapeau avec un petit wedge de 58 degrés pour terminer ce trou imaginaire. Mentalement, c’est un véritable exercice car il faut changer son état d’esprit par rapport à un practice habituel mais on se prend vite au jeu et l’entraînement prend alors un tout autre relief. « Même en 30 minutes avant une partie, Golflower permet de développer son habilité technique tactique et mentale. Pour se mettre dans le jeu avant d’aller sur le parcours, c’est du jamais vu » se félicite Olivier Raynal qui retrouve à mes côtés, toute sa fibre de coach en redressant mon long jeu grâce à des exercices de visualisation. A ses côtés, une demi-douzaine d’enseignants assure également les leçons et la structure est ouverte aux pros extérieurs auxquels sont proposés des packages à la journée pour faire progresser leurs élèves avec cet outil d’entraînement unique en France. La ligue et la fédération se seraient déjà rendues sur place pour étudier les conditions d’accueil de nos futurs champions. En cours de finalisation lors de notre passage, le pétale numéro un est dédié à l’enseignement, à la vidéo et au fitting apportera une touche technologique à GolFlower qui possède déjà deux simulateurs Golfzon et promet, par l’intermédiaire de son site internet de créer une plateforme d’information et d’enseignement surprenante elle aussi. Après encore quelques chips pour le plaisir, je termine la journée sur le putting-green en synthétique. Celui-ci sera bientôt dominé par un pôle indoor de 500 m² accueillant les bureaux, l’accueil une salle vidéo, etc. L’avenir proche du GolFlower Training Center est déjà tout tracé. Le mien dira si, après avoir détaché l’un après l’autre les cinq pétales de la structure, cet entraînement d’un genre nouveau changera mon jeu un peu, beaucoup, à la folie et pourquoi pas passionnément…

Trois questions à Jocelyn Crouzet l’Architecte

De l’escargot à la fleur

Quelle expérience aviez-vous dans le golf précédemment ?

Je suis golfeur depuis tout petit (index 6 ndlr) et issu d’une famille de golfeurs et d’architectes en bâtiment. Ce sont deux passion chez nous j’ai su très tôt que je voulais être architecte de golf. J’ai par exemple réalisé ma thèse sur la manière de faire évoluer un parcours de 18 trous. Cela fait plus d’une dizaine d’années que je réfléchis sur le sujet. GolFlower est mon premier projet à voir le jour. J’avais plusieurs fois été en finale d’appels d’offres mais sans réussite. Je dois remercier André Zamora et Armand Méchali qui ont cru en moi et en mon projet. D’ailleurs, au-delà du défi technique qu’à représenter GolFlower, c’est une formidable aventure humaine avec les propriétaires, les maîtres d’œuvre et toute l’équipe du club de Mionnay.

Comment vous est venue l’idée de GolFlower ?

En tant que golfeur, je n’ai jamais compris pourquoi un practice n’étais pas à l’image du parcours, j’ai constaté qu’autour de moi les gens zappent souvent le practice car ils s’y ennuient. Ce qu’ils aiment, c’est le parcours ce sont des attaques de green, des situations de jeu où ils prennent des risques et où ils s’amusent, j’avais entendu parler d’un projet de practice dans la région alors j’ai déposé mon dossier. Mes premiers plans représentaient une forme d’escargot pas une fleur, mais l’état d’esprit était le même celui de la mise en situation comme sur le parcours. Ce n’est qu’après sept mois d’études que nous avons finalement choisi de faire évoluer le centre vers une architecture en cinq pétales je n’ai pas souhaité m’appuyer sur des centres d’entraînement existants pour concevoir GolFlower je voulais quelque chose de complétement nouveau et le résultat est fabuleux.

Avez-vous d’autres demandes de ce type en France ?

Des clubs se sont effectivement rapprochés de nous mais rien de concret pour le moment. Nos priorités vont vers l’achèvement de ce premier centre. En France, ce sera le seul de cette envergure. Nous ne souhaitons pas voir plus d’un GolFlower de cette dimension par pays. Mais nous savons proposer des modèles satellites pouvant s’intégrer sur trois hectares soit la superficie de 90% des practices traditionnels.

Loading